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Histoire de parfumeurs : François Coty, industriel visionnaire

Histoire de parfumeurs : François Coty, industriel visionnaire

par Jessica Mignot, le 15 août 2022

François Coty, né Joseph Marie François Spoturno, a joué un rôle décisif dans le développement de la parfumerie. Il est à l’origine de créations essentielles à son histoire et d’une nouvelle vision de l’industrie.

Descendant de Napoléon Bonaparte, Joseph Marie François Spoturno est né à Ajaccio le 3 mais 1874. Il perd ses parents encore jeune et est élevé par sa grand-mère qu’il suit à 11 ans à Marseille, où, après plusieurs petits métiers, il vend des lacets. Après son service militaire, il s’installe à Paris en 1900 en tant que secrétaire du député Emmanuel Arène. Le 12 juin 1900, il épouse Yvonne-Alexandrine Le Baron, avec qui il aura deux enfants, Roland et Christiane. C’est en homme d’affaires qu’il découvre la parfumerie, probablement par le biais d’un ami pharmacien qui lui confie la fabrication d’eaux de Cologne, au moment où les créations entrent pour la première fois à l’Exposition universelle. En 1903, il part effectuer un stage à Grasse, dans les établissements Chiris, et crée sa société, en prenant le nom de sa mère – Coti, transformé en Coty. Un an plus tard sort son premier succès, La Rose Jacqueminot, suivi de L’Origan et de L’Ambre antique en 1905. Ces créations se distinguent par l’emploi de nouveaux produits de synthèse et extraits : « Les parfumeurs étaient habitués aux huiles essentielles, aux infusions ou aux matières préparées par enfleurage, et considéraient les nouveaux absolus comme bien trop forts et puissants pour être naturels. Coty, qui n’avait aucune connaissance sur les matières premières, trouvait ces dernières magnifiques », explique le parfumeur Henri Robert. [1]
Pour toucher un public plus large, il industrialise les procédés de fabrication. Avec son associé Chale, il acquiert un terrain à Suresnes et y fait construire en 1909 sa Cité des parfums, un site de production qui lui permettra de ne plus dépendre de différents fournisseurs. Il cherche également à conquérir une clientèle internationale, en ouvrant, après celle de la place Vendôme en 1906, une boutique à Moscou, ou encore à New York, sur la Cinquième avenue : il connaît un immense succès et ne cessera par la suite d’établir des points de vente dans le monde entier.
Il accorde aussi une grande importance au contenant en collaborant avec René Lalique dont il dévoile les flacons lors de l’Exposition universelle de 1910 à Bruxelles. Il travaille également avec Draeger pour ses impressions d’étiquette, et avec des peintres, notamment Jean Helleu et Charles Loupot pour ses affiches publicitaires. Il diversifie ses produits (poudres, crèmes, savons, sels de bain…), ses formats. On raconte qu’il cassait « accidentellement » ses parfums devant les grands magasins pour mieux les faire vendre. En 1917, il crée le Chypre, perçu a posteriori comme l’origine d’une nouvelle famille olfactive, « un chef-d’œuvre d’harmonie, de délicatesse et de goût » selon Edmond Roudnitska. « La fin de la période embryonnaire de la parfumerie se situe au tout début du XXe siècle. L’Origan, de Coty, en 1905, son Chypre, en 1917, n’étaient plus des ébauches mais des chef-d’œuvres d’harmonie », écrit-il encore. [2]
Propriétaire d’une immense fortune, il l’emploie en mécénat, collections d’art, mais également acquisition de journaux, comme le Figaro en 1922, où s’expriment ses positions bonapartistes, nationalistes, anticommunistes, antisémites et xénophobes. Très impliqué politiquement, il est élu conseiller général de Soccia, sénateur de la Corse en 1923, puis maire d’Ajaccio en 1931. En 1926, il rachète la société Rallet. Mais la crise financière, un divorce et des dépenses conséquentes pour ses activités politiques le ruinent peu à peu. Il s’éteint le 25 juillet 1934 à Louveciennes d’une commotion cérébrale.

Parfumographie non exhaustive
La Rose Jacqueminot, 1904
L’Origan, Ambre antique, 1905
Jasmin de Corse, Violette pourpre, 1906
L’Effleurt, 1907
Lilas blanc, Muguet, Cordon rouge, Cordon vert, 1910
Styx, L’Or, 1911
Œillet France, Lilas pourpre, 1914
Chypre, 1917
Eau de Coty (relancement de Cordon rouge), 1920
Emeraude, 1921
Paris, 1922
L’Aimant, 1927
La Fougeraie au crépuscule, A Suma, 1932

Et vous, quel est votre parfum préféré de François Coty ?

Bibliographie indicative
Archives nationales
Michael Edwards, Perfume Legends II - French Feminine Fragrances, Emphase
Rosine Lheureux, Une Histoire des parfumeurs : France 1850-1910, Champ Vallon
Ghislaine Sicard-Picchiottino, Paul Silvani, François Coty, Un industriel corse sous la IIIe République, Albiana
Elisabeth Barille, Keiichi Tahara, Coty, Parfumeur et visionnaire, Assouline
Alain Dumenil, Parfum d’empire, La vie extraordinaire de François Coty, Plon
Edmond Roudnitska, Que sais-je : Le Parfum, PUF
La ligne de vie parfumée de François Coty, catalogue de l’exposition

Visuel principal : commons.wikimedia.org
Visuel publicité Chypre de Coty : pinterest.fr

[1Michael Edwards, Perfume Legends II : French Feminine Fragrances, p. 23

[2Edmond Roudnitska, Que sais-je : Le Parfum, p. 71 et p. 9

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