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Fils de joie

Serge Lutens

Flacon de Fils de joie - Serge Lutens
Coup de cœur
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Jasmin pollinisé

par Clara Muller, le 9 décembre 2020

Après le jaune orangé de À la nuit et les mauves sombres de Sarrasins et de La Religieuse, c’est dans l’étonnant jus lie-de-vin de Fils de joie que le goût singulier de Serge Lutens pour le jasmin trouve une expression nouvelle.

Cette petite fleur semble inspirer autant d’histoires troubles et poétiques que de variations olfactives à celui qui ne cache pas son inclination pour la luxuriance des fleurs blanches.
Au cœur de ce nouveau parfum ne s’épanouit toutefois pas le jasmin du genre Jasminum, mais le Cestrum nocturnum, dont les fleurs en étoile ne livrent leurs puissants effluves que dans le secret de la nuit. Superbement éclos, celui que l’on nomme « galant de nuit » en français et mesk-ellil (« musc nocturne ») en arabe déploie dans Fils de joie toute la puissance narcotique de son parfum aux rondeurs charnues. Ses intonations peuvent cependant paraître étrangement solaires pour une efflorescence nocturne.

C’est qu’il n’est pas le seul représentant de la grande famille des fleurs blanches dans l’accord floral et végétal qui constitue ce parfum : l’ylang-ylang, resplendissant, charrie le soleil dans ses longs pétales salicylés et tire la composition vers davantage de lumière. Puis, petit à petit, voilà que les fleurs donnent du miel. Un accord de propolis sombre, collant, mêlant cire et pollen, délivre des relents fauves et musqués. Les voluptés de la nuit semblent reprendre le dessus avec ces tonalités typiquement « lutensiennes ». Finalement, ne demeurent plus sur la peau que quelques notes poudrées et miellées, exaltant les inflexions de tilleul naturellement présentes dans le Cestrum nocturnum et au milieu desquelles l’opulent bouquet d’ombre et de lumière de Fils de joie vient gracieusement exhaler ses derniers soupirs.

Cette critique est initialement parue dans Nez, la revue olfactive, numéro 10 - Du nez à la bouche - novembre 2020.

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par Kouros, le 1er juillet 2021 à 16:45

Il faut aimer... Je déteste l’odeur de cire pour le bois et comme je l’avais deja lu, c’est bien ce que ce parfum sent. Je ne comprend pas qu’on puisse porter ça :)
Néanmoins il faut reconnaitre la qualité ! Ca sent vraiment les fleurs, la nature.
Ce parfum est sombre avec une étrange note ensoleillée. Comme l’impression d’ouvrir la placard d’un vieux meuble en bois dans lequel traine une bouteille de crème solaire.
Il me fait penser à Back To Black de killian... la note miel je la prefere dans l’Envol que je porte sur le poignet en ce moment.

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par Farnesiano, le 1er juillet 2021 à 16:55

L’Envol et sa belle note de miel blond, solaire, lumineuse et si apaisante.
Un parfum trop peu cité, trop peu vanté...

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Adina76

par Adina76, le 27 janvier 2021 à 15:32

Bonjour à tous,
Merci à tous ceux qui ont commenté de façon très fouillée ce Fils de joie, en particulier Calygo W. et Petrichor qui nous livre un brillant story telling bien dans l’air du temps et d’une poésie contemporaine fort évocatrice. Si avec ça, tous les bad boys du Marais et d’ailleurs ne se précipitent pas chez Lutens, c’est à désespérer. Que les autres se rassurent, on pourrait raconter une toute histoire et s’y précipiter aussi. En particulier les femmes - dont je suis - qui ont cessé depuis un bail d’être des nymphettes et gardent une vraie nostalgie pour les années 80 et la flamboyance inégalée de leurs parfums. Car Fils de joie en est le rejeton tardif, heureux et plutôt inattendu. Il est très opulent mais reste élégant, avec une belle projection. Vous avez adoré Coco, Diva, Ysatis ? À n’en pas douter, vous aimerez Fils de joie ! Va y avoir de l’ambiance chez Lutens ! Tous masqués chez le beau Serge !

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par Farnesiano, le 27 janvier 2021 à 16:50

Je plussoie, un très bon Lutens qui réconciliera les aficionados de Maître Serge, fâchés avec lui ou déçus par ses trop nombreuses dernières créations.
Attention : pour un port souple et élégant, pas plus de deux pschitts ;-)

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Calygo.W

par Calygo.W, le 20 décembre 2020 à 12:35

Acheté en petit vapo 10ml à l’aveugle pour trois fois rien, je n’en attendais rien et j’ai été (agréablement) surpris.

Je suis assez blasé par Lutens et plus généralement par la parfumerie actuelle, ça fait plus ou moins deux ans que je ne surveille plus vraiment les sorties et que je ne vais plus en parfumerie (et que je ne parle plus parfum nulle part).

Mais bizarrement c’est celui ci qui m’a donné envie d’en parler.

Ce Lutens par sa construction et ses effets me rappelle énormément un parfum que j’adore (et qui a l’air discontinué ?), Farnesiana (extrait) de chez Caron.

Fils de Joie est d’une épaisseur presque palpable, on pourrait même penser que le jus est sirupeux. Il me fait l’effet d’une boule de muscs, de miel, de pollen et de fleurs (on reconnait aisément le jasmin et l’ylang) qui irradie. Pour moi, il évolue très peu, on a, plus ou moins, la même chose du début à la fin.
Il "s’affine" un peu après les notes de tête, tout se fond, les notes animales apparaissent petit à petit, mais l’effet général reste le même.

Il est d’une extrême simplicité et pas très original, mais il a ce coté too much, doucereux, à la limite de l’écœurement que j’adore chez Farnesiana (attention, les deux parfums en terme d’odeur ne se ressemblent pas, ce n’est pas du tout un "dupe").

Et ce n’est, pour une fois pas une version modifiée d’un Lutens préexistant, s’il va certes piocher à droite et à gauche (départ mentholé légèrement pétrole de Tubéreuse Criminelle, jasmin sourd et soyeux de Sarrasins, effet solaire bubble-gum de A La Nuit/Datura noir, mélange floral oriental qui pourrait aller lorgner du côté de Une Voix Noire...) il ne tombe jamais dans la redite et apporte une nouveauté bienvenue dans les flacons exports.

Une jolie surprise, sauf le nom (et la couleur, qui n’a aucun sens et qui tâche comme Sarrasins), mais bon.

.

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Petrichor

par Petrichor, le 10 décembre 2020 à 22:40

J’ai acheté "fils de joie" à l’aveugle, d’occasion. (ma gratitude !) Il me fait penser à "tubéreuse criminelle" dont on aurait retiré les notes camphrées-mentholées, et la tubéreuse.
Et ce parfum n’est pas le jasmin que j’espérais.

Une fois que j’ai dit ce qu’il n’est pas, je peux peut-être commencer à l’apprécier pour ce qu’il est ?
Échapper à l’aporie des proverbes zen : Quel est le bruit d’une seule main qui applaudit ?

Le parfum n’est pas si floral que ça. Il y a en sillage un jasmin, fin, présent, et soutenu par une note mentholé. Les extraits naturels de jasmin ont parfois une facette gazoil, ici soudée à la note mentholée.
(Ce jasmin sent parfois la fleur sauvage qui pue. Je parle de ces minuscules fleurs en boule, qui sentent la fleur blanche, le pollen sale miellé, et le musc acre. C’est comme un défaut, mais il y a aussi une qualité dans ce rendu naturel.)

Il est surtout un parfum "ambré - sirop", qui veut échapper à la vanille.
C’est un accord, presque une base, que j’ai déjà senti ailleurs. C’est comme les grosses éponges vertes des fleuristes, où chacun pique les fleurs qu’il veut dedans. ("A scent" de theo fennell, "Twilly" hermès, "Adjatay" TDC) (au pifomètre, ylang ciste vanille)

L’ylang-ylang, sirupeux, est deux fois plus présent que le jasmin, mais sur un traitement de cuir végétal.
(On n’est pas sur un ylang-ylang solaire, jasminé, peau de banane, et béatement beau.)
C’est un ylang-ylang langoureux qui se joint à une note qui rappelle le fir basalm (aiguille de pin) de "nuit étoilée" de Goutal.

Entre les deux, apparaît de l’absolu miel, plus la cire que le sucre du miel.
Bizarrement, le miel signale l’évolution de la tête vers le fond. C’est lui "qui ouvre sa corolle", qui se met à respirer. Lui la note la plus humaine, dont tous les pores de la peau s’ouvrent. Lui qui me rappelle jadis le costus pour ses facettes de peau et de cheveux sales.

La suite de la composition maintient la tension "jasmin mentholé" et "fond sirupeux sombre", et le parfum est rémanent. Il garde son mystère.

A l’heure qu’il est, je reste dans l’indécision, et balance entre deux extrêmes.
J’hésite entre revendre mon flacon, ou en racheter un deuxième. (joli rapport qualité & quantité/ prix)
Je me suis trompé d’antihéros. Je m’attendais à l’archétype romanesque de "la pute au coeur d’or" : un parfum joyeux, racoleur, et qui l’assume. A la place, le anti-héros est un personnage de la nuit, un peu torturé, et qui a mal à l’âme en voyant les étoiles.
C’est une jolie création, mais qui serait plus jolie si je ne pouvais le comparer à sa grande sœur, Tubéreuse criminelle.

Mais je crois que j’aime ce parfum, car il est "fier". Ce n’est pas moi, mais je vais le garder, pour servir de déguisement.

Par moment, c’est Querelle de Brest de Jean Genêt qui vous attend sous un réverbère, sous la clarté blafarde du jasmin mentholé. Par moment, c’est un miroitement des années 80, dans l’hésitation entre le vinyl et le cuir pour la combinaison, entre drogue dur et drôle douce, entre la matière de synthèse, mentholée, et la matière extraite de la nature, fourragère. C’est un sourire qui cache un couteau, un sourire froid, luisant, et beau comme la lame. (Ce jasmin ressemble au traitement de la rose dans "la fille de berlin" : la fleur est refroidie par un ingrédient métallique qui rappelle le sang. Cette beauté est froide comme le carrelage de mes WC). Appel au sexe avec n’importe qui, à l’amour du danger, à risquer qu’on vous fasse la peau.

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par BleuCelsius, le 11 décembre 2020 à 19:12

Cher(e ?) Petrichor,

Sans être un Fils de joie accompli, vous aurez fait la mienne par votre verve, enlevée et poétique.
A vous, merci

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par Petrichor, le 12 décembre 2020 à 17:13

Merci pour le compliment :)

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par BleuCelsius, le 17 décembre 2020 à 23:23

NB : Après quelques investigations grammaticales, je sais maintenant que ce sera "cher". L’inconnue qui me démange, maintenant, c’est votre âge. Mais peut-être suis-je en train de flirter avec les limites de la charte de ce site.

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par Petrichor, le 18 décembre 2020 à 20:46

Pour résumer : ASV ?
(Âge sexe ville ? :D C’est une référence de gens qui draguaient au début des années 2000).

Comme le site ne permet pas les messages privés, on va rester dans l’anonymat. Et la poésie. Si on se découvre, ce sera par sérendipité.

Et voici la réponse à "qui es-tu ?"
http://www.resonancesdelame.fr/category/poemes#ce-que-tu-es

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par bh59, le 15 décembre 2020 à 07:27

Merci petrichor pour cette poétique description...

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Voltairesurlelac

par Voltairesurlelac, le 10 décembre 2020 à 13:35

Je l’ai testé. Il m’a angoissé. trop opulent.
Il faut aimer les fleurs blanches mais celles ci m’entêtent trop, personnellement... Dommage, je ne suis donc pas un fils de joie

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Adina76

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a porté Fils de joie le 27 janvier 2021

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