Zurafā
Serge Lutens
- Marque : Serge Lutens
- Année : 2025
- Créé par : Christopher Sheldrake
- Genre : Féminin - Masculin
- Famille : Florale
- Style : Élégant
Iris patiné
par Olivier R.P. David, le 5 février 2026
Après plusieurs collections fastueuses auxquelles Serge Lutens nous a accoutumés, le « Royaume des lumières » arrive dans l’empyrée de la maison avec ses flacons ornementés et son habillement somptueux, dans le pur esprit de l’arabo-japonisme lutensien. Si on y retrouve les familiers Sidi Bel-Abbès, Tarab et Cracheuse de flammes [1], deux superbes nouveautés s’y ajoutent : Bois roi d’agalloche et Zurafā.
Ainsi, les Zurafā (les « Raffinés ») nous convient dans leur cénacle de lettrés, lignée de poètes-musiciens de la Bagdad impériale dont l’élégance et la préciosité ont irrigué le monde musulman médiéval de Samarcande à Tolède. Leur tunique de lin et de soie écrue prend la forme d’un iris grège dont la texture grenée est piquetée d’aiguilles de pin et de cristaux de camphre. Le spectre d’Iris Silver Mist projette sa lumière bleutée sur cette silhouette sophistiquée qui se meut dans un intérieur ombreux. Car cette réunion initiatique se tient dans un cabinet retiré, tapissé d’un fin cuir de Cordoue. Ces panneaux de peau de mouton gaufrée, à la sourde odeur de suint, conservent les vestiges des encens brûlés lors des rites.
Ainsi, la poésie rauque de l’iris se déploie dans le secret de cette pièce mordorée, où les notes animales patinées par la fumée, ressuscitent l’atmosphère âpre et raffinée de ces esthètes ascétiques.
Vous pouvez retrouver cette critique dans Nez #20 - Raconter le parfum
[1] issus de la collection « Section d’or »
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par jovi, le 7 février 2026 à 12:12
Il fût un temps où j’étais fasciné par des créations de Lutens et que je rêvais un jour de pouvoir me les offrir (Tubéreuse criminelle, Iris Sylver Mist, Un lys, Sarrasins, etc) mais aujourd’hui je vois des marques tout aussi qualitatives (Frederic Malle, Maitre parfumeur et Gantier, Dusita,...) proposées des formats voyages accessibles aux membres du Tiers-Etats (dont je fais partie) des échantillons à l’unité bref la possibilité pour le vulgus pecum de pouvoir s’offrir ce qu’il y a de plus beaux et de rester passionné par l’art de la parfumerie. Je ne regarde désormais plus Serge Lutens avec fascination mais comme une marque méprisante, condescendante et hautaine. Si je veux un bel iris, je ne me dirigerai pas vers Zurafa à 380 euros le flacon mais vers le format 30 ml de Iris Medicis de Nicolai, un travel spray de Bois d’iris The Different company, d’Iris bleu gris de Maitre parfumeur et Gantier ou L’Attesa de Masque Milano ou de Splendiris de Dusita dispo aussi en travel spray tout comme Iris poudre de Frederic Malle et n’oublions pas les petits artisans indépendants , Armonia d’Anatole Lebreton par exemple.
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par Blanche × OlfactiveCesspool, le 10 février 2026 à 20:08
Le dédain n’est pas chez Serge Lutens. Lui parle encore de beauté avec sérieux, obsession, radicalité. Le mépris, le vrai, vient des grands groupes qui vendent du vide industriel sous vernis premium et appellent ça du luxe.
Au Royaume des Lumières : flacons magnifiques, extraits en 100 ml, prix au millilitre parfaitement défendable. À côté, les 550 € les 50 ml chez Guerlain relèvent plus du bras d’honneur que de la création.
Une heure chez Serge Lutens Saint-Honoré : accueil chaleureux, vivant, intelligent. J’ai acheté du maquillage, j’ai testé, j’ai joué. Une boutique qui donne envie d’être là.
À l’inverse, mes passages chez Nicolaï ou Caron m’ont laissée avec cette sensation étrange de déranger et donnée l’impression d’entrer dans un salon funéraire : accueil glacial, esthétique figée, ambiance poussiéreuse.
Serge Lutens ne cherche pas à séduire tout le monde. Et tant mieux. Ce que certains appellent du dédain, c’est surtout l’absence totale de racolage. Oui, la marque est passée chez Shiseido. Oui, il y a une dimension commerciale. Mais Lutens n’a jamais sacrifié sa vision pour flatter le client.
Zurafa et toute la collection Au Royaume des Lumières assument une chose simple : le luxe. Du vrai. Des extraits, des écrins, une proposition cohérente. Pas un produit optimisé pour finir massacré sous néons chez Sephora. Le luxe a un prix.
Soyons sérieux deux minutes : Serge Lutens est loin d’être le sommet de l’obscénité tarifaire. Il est presque modéré dans l’écosystème du luxe actuel.
Regardons la mode. Le retour de Phoebe Philo a fait rêver. Puis les prix sont tombés. Sous l’ère Céline, un sac sous les 3 000 existait encore. Aujourd’hui, le cabas Phoebe Philo XL est à 6 500 €, 9 000 aux États-Unis. Pourtant, à chaque drop ses collections sont routes sold out en quelques heures.
Je vis dans la ville qui concentre le plus de millionnaires et de milliardaires au monde. D’ailleurs, être "millionnaire" aujourd’hui, c’est presque devenu un concept obsolète. Bien sûr, tu t’en sors hyper bien avec tes placements dans le S&P 500 qui a fait +16% l’année dernière et qui continue de flirter avec des sommets, mais sérieux, on n’est plus en 1990. L’époque où tu pouvais t’acheter cash un Brownstone à Brooklyn, un 100m2 en plein cœur de Paris, une Porsche pour flamber et passer ta journée à t’offrir des sacs à main, c’est révolu. Mais cette clientèle fortunée existe, consomme, et les marques de luxe travaillent pour elle. Pas pour les passionnés qui débattent sur des forums en espérant une justice tarifaire. Le luxe n’a jamais été démocratique.
Le problème n’est donc pas Serge Lutens.
Le vrai problème, c’est pas non plus les hipsters et les petits génies de la tech en baskets à 1 500 balles et hoodies Balenciaga trois tailles au-dessus qui ont tous voté pour le nouveau maire socialiste de New York entre deux caramel macchiato et une séance de méditation. Le spectacle est ailleurs, les ploucs MAGA qui votent à tous les coups contre leurs intérêts économiques, fiers de leur médiocrité, qui s’accrochent à leur dernier privilège : mépriser plus bas qu’eux. La domination low-cost version « au moins t’es pas une pédale ou un migrant ».
Je défend Serge Lutens parce que dans ce paysage, Serge Lutens c’est presque un intrus. Un créateur radical, obsessionnel, marginal à l’échelle du système.
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par kismi, le 11 février 2026 à 13:54
Bonjour Blanche x Olfactivecesspull, il est fascinant de voir un parfum convoquer à lui seul les milliardaires, le S&P 500 et la lutte des classes. Serge Lutens devient presque un indicateur économique…
Serge Lutens en créateur radical, soit. Mais fallait-il vraiment convoquer Brooklyn, la géopolitique du mépris et la sociologie financière pour parler d’un parfum ? On frôle la note de tête en macro-économie ! ;-))
On peut admirer une maison pour sa vision sans transformer le flacon en médaille de distinction sociale. Le luxe n’a pas besoin d’être défendu par des comparaisons financières : il se justifie — ou non — par l’odeur, le style et l’émotion. (Personnellement j’aime le luxe discret.)
Au fond, un parfum n’est ni un indice boursier ni un manifeste. C’est une odeur. Et elle se suffit très bien à elle-même. BisouX !
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par Blanche × OlfactiveCesspool, le 12 février 2026 à 17:41
Ah d’accord. Faut parler du parfum avec des étoiles dans les yeux et éviter de mentionner ce qui le finance, le positionne, le markète ? Surtout ne pas mentionner les profits, les stratégies, les marchés. On respire une tubéreuse et hop, on oublie que derrière il y a des équipes marketing, des projections Asie vs US et des tableaux Excel.
Pardon d’avoir troublé la séance de spiritisme olfactif.
Dans la mode, ce genre de naïveté ne dure pas cinq minutes. Personne ne s’étrangle quand on dit qu’une collection est calibrée pour Shanghai plutôt que pour New York. C’est intégré. C’est compris. C’est adulte.
Mais dès qu’on parle parfum, il faudrait faire semblant que tout descend du ciel, dicté par une petite poignée de "passionnés" et trois gouttes d’absolu de rose.
Pourtant tout le monde sait que le parfum, dans le luxe, c’est l’entrée. Le niveau zéro. Le point d’entrée de base de la clientèle aspirationnelle, les fameux aspirational shoppers, qui permet d’acheter un fragment de maison quand la dernière collection de sacs Chanel signée Matthieu Blazy, qui fait le buzz en ce moment, reste hors budget. Ce n’est pas une insulte, c’est un modèle économique, que ça plaise ou non à la petite poignée d’irréductibles du forum dont l’industrie du luxe se fout royalement.
Et puisqu’on parle du forum… il y a quelques années, on lisait ici des critiques libres, parfois sévères, parfois franchement négatives. Aujourd’hui ? Calendrier de lancements, contenus sponsorisés, récits bien rôdés. J’ai encore en tête une personne ’année dernière qui remerciait le site d’avoir écrit une critique sur un parfum qu’elle aimait, comme si on lui avait rendu hommage. Non. On avait coché une case dans un plan média.
Ce n’est pas immoral. C’est juste… le fonctionnement normal d’une industrie.
Ce qui est fascinant, en revanche, c’est cette volonté de protéger une illusion. Comme si comprendre les mécanismes du capitalisme actuel, parler de stratégie en fonction de la géopolitique (crucial pour l’industrie du luxe) allait dissoudre l’émotion.
On peut aimer Serge Lutens, By Kilian ou Nicolaï. Intensément.
On peut aussi savoir comment tout ça est pensé et positionné pour une cible/classe sociale précise, dans un endroit du monde précis, avec un budget précis. Par exemple, il y a
Ce n’est pas du cynisme.
C’est juste enlever les paillettes deux minutes pour capter les mécanismes, même si la lucidité rend l’émotion un peu moins candide. Dans le parfum, on voudrait encore croire à une pureté immaculée. Y’a rien de ça dans l’univers de la mode. Et personnellement, zéro clash avec les fashionistas, que du flow. Alors qu’ici faut peser chaque syllabe, ça dégoupille pour trois fois rien.
Personnellement, je préfère aimer les choses en sachant comment elles fonctionnent. Je préfère capter, puis savourer. Zéro surchauffe. Pas de prise de tête, juste du fun, du recul et une bonne dose de légèreté.
héspéridés
a porté Zurafā le 10 février 2026
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Bonsoir Merci pour ce renseignement. J’ignorais cela.