Fraîcheur, douceur et délicatesse : la revue de sorties du printemps
par Alexis Danile - Guillaume Tesson - Jeanne Doré, le 15 mai 2026
En ce mois de mai frisquet, c’est comme si le paysage olfactif faisait un pas de côté. Face aux sillages retentissants et aux gourmandises démonstratives qui dominent une partie du marché, plusieurs maisons renouent avec une idée plus subtile du parfum : fraîcheur limpide, matières transparentes, muscs délicats et compositions pensées comme des étoffes ou des reflets de l’âme.
Du retour inattendu des Cologne pour le matin et pour le soir de Maison Francis Kurkdjian aux nouvelles « Eaux » de Guerlain, en passant par les bouquets épurés d’Acqua di Parma ou les formules à fleur de peau de la ligne « Scentsorium » de Maison Margiela, cette saison fait la part belle aux collections de fragrances délicates.
La rédaction vous propose une sélection pour une parenthèse tournée vers la douceur et le retour à soi, voire l’émotion.
Les colognes de Maison Francis Kurkdjian

C’est toujours un plaisir d’assister au retour de certains noms tombés dans l’oubli. À commencer par le duo fondateur de Maison Francis Kurkdjian : la Cologne pour le matin, lancée en 2008, suivie de la Cologne pour le soir un an plus tard, toutes deux conçues comme deux faces d’un même geste olfactif, avant d’être progressivement retirées de la vente… Jusqu’à aujourd’hui. L’une comme l’autre reviennent inchangées, la première avec son accord hespéridé et montant d’une grande fraîcheur, construit autour de la bergamote et du citron, que viennent progressivement tempérer des touches florales et aromatiques de fleur d’oranger, de lavande et de thym, lui procurant sa signature distinctive. La seconde, plus ambrée, presque animale, joue sur un mariage de benjoin, d’encens et de rose miellée, avant de se laisser doucement glisser vers un léger effet vanillé, presque gourmand.
C’est d’ailleurs fort du succès des Absolue pour le matin et Absolue pour le soir, remises en circulation en 2024 pour la collection « My Very Intimate Perfume » dix ans après leur retrait, que la maison semble avoir eu la confiance de relancer les colognes originelles.
Eaux de cologne, 335 € / 200 ml
Les Eaux de Guerlain

Les come-backs sont également de mise chez Guerlain, avec l’intégration au sein de « L’Art et la matière » d’une nouvelle ligne baptisée « Les Eaux », signée par la directrice de création Delphine Jelk. Pensée comme une célébration des petits et grands moments de la vie au travers des interprétations de tissus, la collection regroupe cinq fragrances unisexes au profil délibérément doux et intime, toutes construites autour de cette idée de parfum de peau.
Quatre de ces nouvelles références empruntent leur formule à d’autres ayant déjà existé ou étant toujours disponibles sous un autre nom. L’Eau de lingerie, la plus poudrée irisée de la lignée, et l’Eau de cashmere, à l’effet cologne et muscs blancs aldéhydés, toutes deux lancées une première fois en 2013 et 2014, conservent leur nom d’origine. L’Eau de popeline, avec son effet enfantin de muscs propres, de pomme et d’abricot légèrement baumé, est quant à elle déjà connue des fidèles du flacon abeille sous le nom de Petit Guerlain. L’Eau de tulle, anciennement Bouquet de la mariée (2015), est la plus gourmande avec ses notes de dragée et de néroli. L’Eau de coton, seule formule inédite de la lignée, démarre par une bergamote lumineuse, qui s’éclipse rapidement derrière une fleur d’oranger fruitée, pour finir sur un santal crémeux et vanillé.
Eaux de toilette, 215 € / 100 ml
L’Eau parfumée Thé impérial de Bulgari

Chez Bulgari, c’est la collection des « Eaux parfumées au thé », initiée en 1992 par celle au thé vert, qui s’enrichit d’une nouvelle référence au Thé impérial… En réalité pas si nouvelle puisqu’elle avait été initialement conçue en 2017 par Jacques Cavallier Belletrud comme un cadeau offert aux clients des Bulgari Hotels & Resorts à travers le monde. Le thé noir revendiqué est issu d’une extraction aux CO2 supercritique, promettant une fidélité olfactive au plus proche de la matière.
Avec ses facettes citronnées, boisées, sobres et minimalistes, cette signature exclusive, à l’équilibre parfait entre élégance très italienne et raffinement tout asiatique, est désormais accessible à tous, moyennant une centaine d’euros – soit presque trois fois moins qu’un Vuitton, pour le même parfumeur. Quasiment un bon plan.
Eau de toilette, 122 €/75 ml, 184 €/150 ml
Disponible à La Samaritaine, au Printemps et au Spa Bulgari Hôtel Paris
La collection Louis Legrand 1811 d’Oriza L. Legrand

Marque née au XVIIIe siècle, ressuscitée il y a une quinzaine d’années, Oriza L. Legrand est connue pour réinterpréter les classiques de son propre catalogue historique et pour créer des compositions inspirées par les grandes familles du parfum (chypres, fougères…). En ce printemps 2026, elle inaugure une série de cinq extraits fidèles à son esprit, à la fois vintage et terriblement modernes au vu de la qualité des matières premières et de l’équilibre des formules. Mention spéciale, saison oblige, à Prés fleuris, dont les notes ultra fraiches d’herbe et de fleurs sauvages, à peine troublées par les facettes animales de la pâquerette, évoluent vers un bouquet miellé réconfortant. À L’impériale, avec son accord bois, tabac et muscs, vibre comme un hommage à Kouros. Entre agrumes, fleurs et épices, Royal Legrand joue une partition à la fois opulente et pétillante, à sprayer même si le mercure s’affole. Plus denses, mais pas nécessairement réservés aux frimas automnaux, Fin comme l’ambre et Tubéreuse Ninon de Lenclos déploient des sillages affirmés, résineux et enveloppant pour l’un, sensuel et crémeux pour l’autre.
La tenue sur peau et sur vêtement de ces extraits, comme la marque, joue la carte de la longévité.
Extraits de parfum, 320 € / 100 ml
Collection Buongiorno d’Acqua di Parma

Présentée comme « une invitation à apprécier et à valoriser la simplicité et les moments du quotidien », la dernière collection de la maison parmesane assume, à rebours des tendances, « une aura olfactive discrète ». Adieu la promesse de sillage nucléaire, bonjour l’élégance toute en légèreté ! Ces cinq parfums de peau, construits principalement autour de notes d’agrumes, de bois et de muscs, portent indéniablement la patte des deux créateurs qui ont été sollicités – ensemble, a priori – pour les imaginer : Olivia Giacobetti et Fabrice Pellegrin. C’est ainsi que l’on retrouve la signature poudrée irisée typique de la première dans Amore Mio, un accord blanc et propre rafraichi par la bergamote, qui lorgne ausi du côté de Blanche de Byredo. Avec son côté boisé fumé épicé (baie rose) et ses bois ambrés discrets (Ambrox), Buonanotte, sans surprise mais plutôt bien roulé, évoque certains Diptyque signés Fabrice Pellegrin. Dolce Farniente propose une cologne solaire originale, entre feuille de figuier et de citronnier, crémeuse et rafraîchissante. Gioco del destino (sans doute le moins intéressant) associe une mandarine juteuse à une facette blé, un peu gourmande et musquée. Enfin, Al Bacio ravira les amoureux d’eaux de Cologne classiques, avec son néroli vert et herbal, et ses muscs propres, pour peu qu’il n’aillent trouver ailleurs l’équivalent moins cher…
Cette jolie gamme à la sophistication épurée saura-t-elle trouver son public, à l’heure où un tel positionnement de prix appelle le plus souvent une présence olfactive tout sauf « discrète » ?...
Eaux de parfum 270 €/100 ml, 175 €/5 x 10 ml
Collection Scentsorium de Maison Margiela

La maison enrichit son offre d’une nouvelle collection inspirée par la couture, présentée dans un flacon-carafe élancé, dont une des arêtes présente un faux éclat accidentel dans le verre.
Explorant « la manière dont les émotions peuvent être traduites à travers les senteurs », les six parfums sont construits sur « un ensemble simple d’ingrédients qui sont séparés, ajustés, puis réunis à nouveau ». Pas évident à suivre, mais cela reprend l’idée de déconstruction et de reconstruction caractéristique de la maison de mode.
Résultat ? Un fil rouge olfactif oscillant autour de notes feutrées de cuir, de tabac ou d’encens, un certain tropisme (facile) pour le Moyen-Orient, mais aussi certaines facettes plus surprenantes. Par ordre de préférence : le très élégant Blaze of Stillness, d’Antoine Maisondieu, dont l’amertume de la bergamote et du néroli contraste avec une figue verte et sèche, et un accord daim poudré un peu vintage. Tender Defiance, signé Dominique Ropion, se distingue par sa surprenante réglisse anisée posée sur un encens fumé et des notes de pin résineuses, même si le fond est plus banal. Silent Fury, par Tanguy Guesnet, est un tabac épicé et liquoreux aux facettes de cumin, sombre et fumé. Anguish & Awe (Delphine Lebeau), une rose cuirée boisée-ambrée très « Middle East », pas originale mais bien fichue. Dans Fit of Folly, de Suzy Le Helley & Philippe Paparella, muscs et patchouli évoquent la ligne For Her de Narciso Rodriguez. Enfin, Delight in Despair (Nisrine Bouazzaoui Grillié) est le plus prévisible, un oud cuiré, safrané et irisé, sans surprise, mais joliment exécuté, à l’image de la collection.
En dépit de quelques clichés (qui semblent désormais imposés), un prix assez prohibitif, une certaine confusion dans les partis pris et les noms de chaque création, difficiles à retenir, on perçoit cependant une recherche de complexité et une qualité globalement bien tangible.
Parfums 350 €/75 ml, 49 €/6 x 2 ml
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