Le sexe des parfums

par Jean-David, le 5 avril 2011
Voilà, très bien dit, Hangten ! Le parfum est un art. On n’écoute pas une symphonie de Bruckner pour séduire ou pour recevoir des compliments, mais parce que l’on aime Bruckner. Il faut, je pense, adopter autant que possible ce point de vue en matière de parfum. C’est d’autant plus vrai quand on porte un parfum qui procède d’un haut degré d’élaboration artistique, et qui ne vise pas essentiellement le succès commercial : on le porte parce que l’on a envie de vivre en sa compagnie le temps d’une journée ou d’une période, d’expérimenter sa richesse, sa finesse, la subtilité de ses combinaisons, et bien sûr l’image olfactive globlale qu’il offre à notre perception.
Oeuvres d’art, les parfums sont aussi des propulseurs, des révélateurs et des résonnateurs d’émotions : ils parlent à notre esprit et à notre sensibilité. Il me semble donc effectivement nécessaire de se dissocier autant qu’il est possible de l’aspect utilitaire des choses, et de considérer davantage un parfum comme une oeuvre en soi, dont il s’agit d’admirer les qualités d’écriture et d’expérimenter la palette émotionnelle.
Je dis "autant qu’il est possible" parce que, à un certain égard, le parfum porte aussi, dans son histoire, une charge utilitaire ou fonctionnelle dont il est très difficile de se dissocier entièrement, car elle repose sur nos mythes. Celle-ci peut être d’ailleurs très noble. Le parfum, selon les peuples, les circonstances et les formules, possède une fonction rituelle, médicinale, hypnotique, séductrice, d’aide à la méditation etc. C’est aussi le cas des autres arts. Regarder l’art comme un pur langage en soi est un phénomène récent, et le parfum y résiste peut-être davantage que d’autres arts, parce que sa signification spirituelle ou érotique est ancrée dans le souvenir des peuples, et parce qu’on le porte sur son corps même.
Baron, pénétrez-vous bien de cette salvatrice philosophie !
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