Parfumerie de niche, en quelques chiffres

par Youggo, le 24 janvier 2014
Excellent article Jeanne. C’est vraiment passionnant... et un peu inquiétant aussi.
En tout cas on voit que les chiffres viennent confirmer nos impressions de perfumistas : le marché explose. Le chiffre d’un lancement sur 4 qui appartiendrait au marché de niche est ahurissant. Sans parler du nombre de nouvelles marques et des chiffres d’affaires réalisés. Clairement, quand un marché prend de telles proportions on ne peut plus parler de marché de niche. Parfumerie sélective, parfumerie haut de gamme, parfumerie de luxe même si on veut... ces termes me paraissent plus appropriés.
Après on peut se demander ce que tout ça va devenir dans 3, 5, 10, 15 ans...
En effet, la frontière entre mainstream/niche semble de plus en plus floue, aussi bien en terme de création, de qualité, de distribution, de positionnement... Et les marques de niches semblent parfois un peu perdues et dépassées par cette explosion du marché. Je pense notamment à l’Artisan Parfumeur, autrefois modèle d’intégrité et de qualité, qui semble hésiter sur son positionnement et multiplie les stratégies déroutantes, entre suppressions des certains produits cultes, lancement de gammes "luxe", disparition de certaines boutiques remplacées par des Penhaligon’s (appartenant à la même maison mère). On parle même d’un volonté d’une distribution plus large dans les grands magasins spécialisés, à la façon de Serge Lutens, en même temps qu’une suppression de la distribution chez certains revendeurs agréés. C’est à n’y rien comprendre. Et beaucoup d’autres marques (Diptyque, Goutal, même Lutens) semblent un peu dans la même situation et face à cette explosion et cette nouvelle visibilité, tentent difficilement de se repositionner en hésitant entre l’opportunité d’atteindre le grand public avec des produits plus accessibles, et la volonté de continuer à profiter du phénomène de mode de la parfumerie sélect(ive) chez les clients à fort pouvoir d’achat.
En tout cas, bien qu’en pleine expansion, ce marché ne peut pas continuer à s’étendre indéfiniment. J’ai du mal à croire qu’on puisse voir un jour des boutiques Frédéric Malle fleurir dans toutes les villes de taille moyenne comme les inévitables Séphoriocibé. Mais des boutiques de niches regroupant plusieurs marques, peut-être... ???
Et ces nouvelles petites marques surgies de nulle part ne pourront pas toutes survivre.
J’imagine que le phénomène va s’essouffler à un moment, que beaucoup de maisons vont mettre la clé sous la porte, y compris certaines grandes marques historiques qui auront fait de mauvais choix stratégiques ou n’auront pas su évoluer. Sans doute aussi la clientèle la plus argentée, par un replis snobinard, ira se tourner vers d’autres marchés clairement inaccessibles au commun des mortels (on commence à le voir). Et on peut espérer qu’il restera quelques belles maisons, proposant des produits de qualité à un juste prix, pour nous satisfaire nous les perfumistas. Ou pas...
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