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Laurent Bruyère : « Il est fabuleux de travailler avec des molécules qui n’existaient pas au temps de Jacques Guerlain ! »

Laurent Bruyère : « Il est fabuleux de travailler avec des molécules qui n'existaient pas au temps de Jacques Guerlain ! »

par Jeanne Doré, le 13 mars 2008

Laurent Bruyère est parfumeur chez IFF (NDLR - 18/06/08 : il est entre temps passé chez Mane), et le créateur “en équipe” de nombreux succès comme, entre autres, Angel Innocent, Polo Blue, Amor Amor, Alien... Il nous fait le plaisir de nous raconter son parcours, et nous faire partager son évidente passion en répondant à nos questions bien senties.

 


Comment êtes-vous tombé dans la parfumerie ? Quel a été votre parcours ?

Dès ma plus tendre enfance, je m’évertuais à savoir comment les choses étaient faites : attiré par les mécanismes de mes jouets que je démontais et ré-assemblais sans cesse. La physiologie et la chimie ont influencé ma scolarité au point que je me destinais à la recherche. À la faveur d’une porte ouverte de mon école de biochimie, j’ai été « flashé » par une préparatrice qui pesait une eau de Cologne… J’ai voulu en savoir plus et me suis lancé corps et âme à la recherche de matières premières.

Autodidacte pendant de nombreuses années, je me suis entraîné à copier les incontournables parfums tels que Jicky, Vol de nuit, Mitsouko. Je me faisais échantillonner les matières premières directement par les célèbres maisons comme : De Laire, IFF, Firmenich, Charabot, etc.
Après mon bac de biochimie et un BTS de commerce, au gré de multiples rencontres avec des gens passionnants tels que Maurice Maurin, Anne-Marie Saget, Jean-Paul Guerlain, j’ai commencé à 22 ans comme junior parfumeur chez Daniel Harlant à qui je dois beaucoup. C’est chez Charabot que j’ai tout appris. Chez IFF, ça a été l’explosion : j’y ai signé de nombreux jus. Certains en équipe avec M. Ropion qui est un peu mon mentor.

 

Quelle est votre perception de l’industrie de la parfumerie aujourd’hui ?

Dans une maison où l’on travaille sur près de vingt projets à la fois, tout va naturellement plus vite. Les matières premières sont en perpétuelle évolution au gré des législations et des recommandations et notre travail doit aller dans le même sens. On doit s’adapter au marché et faire mouche pour plaire à un maximum de personnes. Mais la passion reste identique et il est fabuleux de travailler avec des molécules et des corps qui n’existaient pas au temps de Jacques Guerlain !

 

Quel est le parfum dont vous êtes le plus fier (qu’il s’agisse d’un succès commercial ou non) ?

J’ai adoré travailler avec Ennio Capassa de la marque Costume National. Scent Intense est à mes yeux ma meilleure composition. Puissante, racée, ambiguë, unique.

 

Scent Intense de Costume National

 

Etes-vous amené parfois à signer des parfums qui ne vous ressemblent pas ?

Mais absolument et plus souvent que l’on ne croit. Ce qui est captivant en parfumerie ce sont les échanges : être à l’écoute du client, se dépasser, oser certains dosages, partager ses idées avec d’autres parfumeurs pour aboutir à la forme olfactive souhaitée. Quand le parfum sort sur le marché et qu’il fonctionne, on se dit que chaque jour, on apprend.

 

De plus en plus de parfums sont co-signés par plusieurs parfumeurs. Selon vous, en quoi le travail d’équipe améliore-t-il la création ?

La co-signature est une sorte de libération. En fait elle permet d’avoir du recul sur la composition et de pouvoir s’investir sur d’autres travaux. L’œil extérieur qui planche sur la formule permet de mettre à jour des évidences que nous n’aurions pas vues si le travail avait été réalisé seul. Dans tous les cas une formule travaillée à deux permet d’atteindre plus rapidement la forme olfactive recherchée.

 

Quel est le parfumeur (concurrent) dont vous admirez le plus le travail ?

Je suis très admiratif de M. Cresp, M. Cavallier, M. Ropion, M.Almairac…. Il y en a tant. Pourtant comme Serge Gainsbourg, un seul savait composer pour les femmes qu’il aimait : Monsieur Jacques Guerlain.

 

Que pensez-vous des critiques de parfums en général ?

Je pense qu’il y a des gens qui sont aptes à critiquer les choses. L’art en lui-même est le secteur le plus critiquable. Je pense qu’avant de pouvoir critiquer quelque chose il faut avant tout s’y essayer. Après tout, tout n’est qu’une question de point de vue, de sensibilité ; nous autres parfumeurs sommes les premiers à nous auto critiquer ! Et puis on ne peut pas plaire à tout le monde, heureusement !

 

Pensez-vous que les parfums en tant que créations artistiques peuvent être critiquées au même titre qu’un livre ou un film ?

Je pense que toute chose est perfectible. Dans le domaine des beaux-arts, tout est sujet à la critique et que par essence l’homme est en constante recherche sur lui-même. Picasso avait déclaré qu’il avait mis 80 ans à peindre comme un enfant.

 

Etes-vous sensible aux critiques portées à vos créations ?

J’y suis confronté cent fois par jour. C’est la richesse de la critique et de ce qu’elle peut apporter qui rend très exaltant le métier de parfumeur.

 

Pouvez-vous nous citer votre matière première préférée ? détestée ?

Vous savez, après avoir étudié avec ferveur mes classiques, j’adore tout ce qui tourne autour des baumes, des bois, des notes animales et orientales. J’aime par-dessus tout jouer avec les notes fruitées.

 

Quand sortira votre prochaine création ?

Quelques-unes en 2008…

 

Imagineriez-vous écrire des critiques ou des articles pour un site comme auparfum.bynez.com ?

Je m’auto-critique suffisamment…. Je préfère découvrir ce qu’imaginent mes confrères.

 

 

(Interview réalisée en février 2008)

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