Pourquoi n’y a-t-il plus de bons parfums masculins...
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À peine sommes-nous sortis de l’hiver que les bureaux de Nez et d’Auparfum sentent à plein nez le linge propre et le coton immaculé. L'occasion de vous livrer une nouvelle revue… tout droit sortie du pressing.
il y a 3 jours
Hooo , je ne savais pas qu’il avait été reformulé, moi qui pensais m’en reprendre un car mon flacon(…)
il y a 1 semaine
Même s’il est amusant, l’exercice s’avère périlleux. Dans la majorité de mes nombreuses tentatives,(…)
Eau archangélique
Sel de bois
Accord intercontinental
Bonsoir ChrisB.
En fait, le problème avec les trois parfums que vous citez, c’est qu’on peut se poser une question : est-ce que la marque dont ils sont issus n’est pas assez désirable pour que leurs produits fonctionnent ou est-ce que ces parfums sont trop "différents/clivants/créatifs" pour fonctionner. (Je mets des guillemets car, même si j’apprécie chacun des parfums cités, en termes d’originalité, je sais bien qu’on se situe dans l’univers très aseptisé des nociphorarionnauds, ces temples modernes des yaourtières, bonbonnières, shampooineuses et autres rayons rasage des grandes surfaces, mais, quand même, ce n’est ni Sécrétions Magnifiques ni M/Mink non plus)...
Inutile de préciser (même que je vais le faire quand même) [avec erreur de syntaxe incluse siouplé], que je préférerais que la raison principale soit la première hypothèse plutôt que la seconde, par trop déprimante. Imaginer que Man, Bang ou Kokorico seraient trop originaux, juste cela, est bien déprimant. (Ne nous leurrons pas, j’ai beau tâcher d’être optimiste parfois, je ne m’illusionne pas trop et sait bien que, malgré tous mes espoirs, la deuxième raison possible doit bien jouer un peu/beaucoup...)
En période de crise, on le sait, on se focalise sur ce que l’on appelle des "valeurs sûres".
Quand tout va plutôt bien (ou un peu mieux), on peut chercher à se différencier en finesse.
Quand rien ne va plus, on cherche à se différencier plus grossièrement.
Pour avoir beaucoup côtoyé certains grands magasins ces quelques derniers mois, je peux vous assurer qu’alors que les gigantesques espaces Chanel et Vuitton ne désemplissent pas (on fait même la queue pour acheter tel objet de maroquinerie convoité (surtout par les russes et les chinois, qui apprécient de se prendre en photo dans les grands magasins, signe de réussite sociale semble-t-il ; ça change du Carrefour du coin !)), les stands de taille plus réduite Bottega Veneta, Burberry, Chloé, et même Dior (moins désirable que les deux premiers cités), marques pourtant souvent d’excellente qualité et avec des produits au moins aussi originaux et raffinés, ont du mal à trouver des visiteurs... [Ces marques sont bien entendu simplement citées à titre d’exemples, mais, en réalité, elles sont quelques dizaines dans la même situation.]
Simplement, quand rien ne va plus, finies les fantaisies et originalités diverses. Il faut du consensus. Là, le souci ce n’est plus de se distinguer parmi celles et ceux qui se distinguent, mais juste de parvenir encore à se distinguer (parmi la population générale, déjà, on considérera que c’est bien !). Il faut du logo, et connu de tous SVP, pour bien faire savoir à la face du monde que l’on est bien dans le bon pourcentage de la population, celui qui a réussi (Rolex, qui a dit Rolex ? ! ^^). [Je ne veux pas lancer de polémique, mais, cette anecdote est révélatrice des aspirations et "idéaux" de certain(e)s, il nous faut bien le constater.]
A ce petit jeu, il faut juste se démarquer de manière visible quand la crise est là. Se démarquer, surtout de la part de populations qui ont acquis récemment l’aisance, qui cherchent à se distinguer, pour signifier et se signifier, qu’elles ne sont plus placées au niveau le plus bas de l’échelon social. Ce qui fait qu’il y a concentration sur seulement quelques marques très identifiables, les "bonnes", les "valeurs sûres". En ce moment, c’est Chanel et Vuitton surtout qui se partagent la part de leur gâteau oligopolistique. Tant mieux pour elles, mais, c’est dommage pour les autres qui subissent cette répartition de l’attrait de manière peu équitable. (Demandez à quelqu’un si, pour un montant identique, il/elle préfère obtenir un Chanel ou un Bottega Veneta dont, pourtant, on connaît la maîtrise, et vous constaterez que presque tout le monde vous répondra, même dans des milieux qui ne comptent pas trop leurs sous à la fin du mois : "Chanel". J’ai pris ces exemples précis ici de manière voulue, demandez la même chose à propos de Vuitton, vous n’obtiendrez pas la même réponse en France, la marque pâtissant de ce qui est ressenti comme une trop grande "démocratisation". Mais, pas trop d’inquiétudes à avoir, un petit repositionnement en doublant les prix et, à nouveau, la désirabilité sera de retour partout. Après tout, Chanel vendait des t-shirts dans les années 80 et a connu des années difficiles. Aujourd’hui, c’est LA marque.)
Et, malheureusement, les tribues un peu bobos qui pourraient avoir envie de s’encanailler avec des marques qui nourrissent quelques chemins de traverse, et sont donc plutôt les cibles de ces quelques marques plus confidentielles, n’ont finalement pas tant de budget à dépenser. Ce qui fait que ces marques ci "tournent" moins vite que les quelques rares qui ne désemplissent pas elles. Il s’agit juste de concentration (qui va plutôt de paire avec une certaine mondialisation visant à l’uniformisation des goûts : on mange chez McDo, on boit du Coca, on boit et paie son café moussu rincé à 850 calories et plus de 5 euros chez Starbucks, on se paie un sac ou autre accessoire Chanel, Dior et Vuitton ; à défaut, on passe chez Sephora pour acheter le parfum, premier pied d’accès à la porte du luxe et au sentiment partagé d’avoir atteint un certain objectif personnel/social).
Je le dis souvent à mes camarades : les marques moins médiatiques et désirables, celles que l’on admire dans les pages de magazines mais dont le besoin impérieux de passer à l’acte d’achat est moindre, ces marques peuvent, en sus des accessoires, au mieux, "placer" un produit en terme de parfums : qui devient "LE" produit de référence de la marque. Ainsi, Mugler a Angel, Gaultier a lancé Le Mâle, Lempicka possède Le Premier Parfum, Miyake son Eau ("d’Issey") etc.
Bien entendu, il y a quelques exceptions, mais globalement, l’idée est là. Pour un Alien qui grimpe quelques places à côté d’Angel, combien de deuxième, troisième et quatrième lancements qui, malgré une qualité qu’on leur reconnaît, ne trouvent pas acheteuses/teurs ? Les gens veulent, en accessoires et parfumerie, les logos les plus désirables : Chanel, Dior et Vuitton ; eux, ils peuvent faire du Givenchy d’aujourd’hui (en "qualité" de parfum), ils vendront leurs flacons, tout le monde attend cela. C’est malheureux, mais c’est ainsi. Vuitton cartonnera normalement avec son futur premier parfum, quel que soit le choix effectué : très nichu ou plutôt accessible ; les gens ne veulent pas une odeur sympa, ils veulent qu’on leur tatoue un LV n’importe où... Alors que, quelque chose me dit que les deux nouveautés de Karl Lagerfeld vont plafonner rapidement : les gens veulent du Chanel, pas du Karl, son représentant. Ce qui est d’autant plus malheureux qu’on attribue de nombreuses qualités au monsieur. (Bon, pour avoir senti ses deux derniers parfums, passons, inutile de s’attarder, cela sent le grand public de 2013-2014, rien d’autre.)
D’ailleurs, Gaultier, Lempicka etc ont réussi à placer leur leader des ventes à une période qui connaissait moins la crise où, donc, ces "niches" étaient encore désirables, et à le maintenir (ce leader) grâce à des campagnes de communication régulièrement alimentées... et peut-être aussi car le produit était bon. ;-)
On a vu et on verra la plupart des parfums disparaître presque aussi vite qu’ils ont été lancés sur le marché. Tant mieux pour les vilains. Dommage pour les plus jolis (et différents). L (qui avait pourtant tout pour réussir avec ses notes baumées vanillées sucrées), A Scent (déjà plus "osé" en cette période de régime qui rêve de sucre et de calories plutôt que de verdeur) et d’autres, une petite pensée pour eux...
ChrisB, à bientôt.
Opium
[Les marques et exemples cités ne l’ont été que pour nourrir le commentaire à propos de ces trop malheureuses marques qui, dans le domaine du parfum, s’échinent à lancer des parfums, mauvais et ennuyeux pour certaines, inventifs et jolis pour d’autres ; mais, malheureusement, en ce moment, avec souvent le même triste effet : l’écrasement face aux mastodontes du moment qui trustent l’attention.]