Le TOP 2025 de la rédaction : du baume, du vintage et du désordre

par Blanche DuBois, le 24 janvier 2026
Madagascar « le parfum le plus cité (et de loin) ». Formidable. Une vanille au rhum et au cacao qui met tout le monde d’accord. Rien de plus rassurant qu’un consensus mou sur un accord déjà archivé depuis des années. Présenter une vanille « loin des clichés gourmands ou pâtissiers » au niveau prise de risque, bof. L’accord rhum–cacao–épices, on le connaît par cœur, merci. Vanille Havane des Indémodables faisait déjà le job, avec davantage de tenue et sans tambours rédactionnels. Pour une maison capable autrefois d’un Cri de la lumière, cette (énième) vanille ressemble surtout à un aveu de fatigue collective. Zurafā de Lutens, en revanche, mérite qu’on s’arrête. Iris, cuir, une vraie noblesse de ton, une construction subtile, presque mélancolique. Magnifique, oui. Mais volatil aussi. Sillage discret, longévité timide. Un parfum à aimer en silence. Ce qui, au fond, lui va assez bien. L’élégance jusqu’à la disparition.
Quant à l’argument du « retour du vintage », permettez un sourire fatigué. Le mot est devenu un label creux, brandi à la moindre réédition expurgée de ce qui faisait précisément son intérêt. Ce ne sont jamais les formules d’origine, jamais les matières, jamais les audaces. Juste des hommages aseptisés, calibrés pour ne froisser personne. Annoncer qu’une version « intense » de Barénia gagne en densité et en structure chyprée quand on connaît intimement les grands chyprés classiques, c’est soit ignorer l’histoire, soit la prendre pour un accessoire décoratif. Dans les deux cas, le résultat fait moins rêver que soupirer.
Chance Eau Splendide, flanker « réjouissant » ? Sans doute le genre de mièvrerie qui susciterait un léger enthousiasme, rien de plus... si j’avais douze ans.
Et puisqu’on parle de vrais retours, autant être honnête, ce texte donne surtout envie de tourner le dos à la parfumerie actuelle et de replonger dans les flacons d’époque. De chercher, par exemple, un extrait de Calèche des années 60–70. Guy Robert, lui, n’avait pas besoin de storytelling boursouflé ni de “tops” annuels pour être subversif. Il glissait, au milieu d’un bouquet impeccable, des muscs volontairement troubles. Pas « sensuels », pas « charnels » au sens marketing. Sales. Vivants. Une note de cul qui transpire la vérité, celle des corps après usage, pas après validation focus group. Une audace aujourd’hui devenue impensable, tant on confond transgression et packaging "luxueux".
Et puis, cerise sur le gâteau corporate : la Paris Perfume Week. Présentée comme un grand moment fédérateur, elle incarne surtout ce que la parfumerie a de plus triste quand elle se regarde trop : un entre-soi sponsorisé, des stands, des discours bien huilés, et cette impression persistante que tout est déjà validé avant même d’être senti. Appeler ça une célébration relève de la liturgie marketing, pas de la passion.
En résumé, cette liste ne donne pas envie de découvrir 2025. Elle donne envie de la contourner. De rouvrir des flacons jaunis, d’assumer des parfums qui sentent encore quelque chose de risqué, de charnel, de franchement vivant. À côté de ça, ces « coups de cœur » donnent surtout envie de bâiller. Longuement.
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