Heure exquise
par Blanche DuBois , le 23 juin 2026
Ce parfum qui, à vous entendre, contenait à lui seul toute la poésie de votre existence : la poudre des cours de danse, l’iode des embruns, la douceur surannée de vos salons de thé littéraires, et même, osons le dire, cette touche de sueur aristocratique qui faisait tout le sel de votre nostalgie. Un chef-d’œuvre olfactif, bien sûr. Sauf que voilà : le monde actuel, lui, s’en moque éperdument.
Vous avez passé trente ans à vous enivrer de cette essence comme d’un élixir de jeunesse éternelle, à collectionner les compliments comme on thésaurise des souvenirs jaunis. Et maintenant que le flacon se fait rare, c’est la fin des temps ? Quelle tragédie. On croirait entendre une duchesse ruinée gémir sur la perte de son dernier bijou de famille.
Les parfums Annick Goutal, voyez-vous, ont toujours eu ce je-ne-sais-quoi de grande bourge qui prend son cul pour son cœur, cette élégance affectée, ce romantisme de pacotille qui sent bon le luxe discret et l’autosatisfaction. Vous y avez cru, vous vous y êtes noyée, et aujourd’hui, vous vous accrochez à un flacon vide comme à une bouée de sauvetage dans l’océan de votre désespoir parfumé.
Alors, que faire ? Sécher vos larmes, bien sûr. Et surtout, oser enfin sortir de cette bulle de douceur mièvre pour embrasser quelque chose de plus… audacieux. Le Cuir de Russie de Chanel, par exemple. Un parfum qui, lui, ne se contente pas de murmurer des vers à votre oreille, mais vous rappelle que vous êtes une femme et non une héroïne de roman-feuilleton. Une femme qui domine, qui impose, qui ne se contente pas de sentir la vie, mais qui la vit.
Alors, on range les mouchoirs, on abandonne les jérémiades, et on passe à autre chose ? Parce que, entre nous, un parfum, si envoûtant soit-il, ne devrait pas avoir le pouvoir de vous réduire à l’état de vestale en deuil. La vie, elle, continue. Et elle attend que vous la viviez avec style, avec panache, et surtout, sans vous apitoyer sur un flacon disparu.
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