Auparfum

Serge Noire

Jean-David

par Jean-David, le 29 mai 2011

Quelques mots sur Serge Noire, qui m’accompagne depuis quelques semaines. Ce compagnon n’est pas de ceux qui s’imposeraient de manière évidente, qui gagneraient en un clin d’oeil mon amitié, à la différence de certains Ellena, pour leur souriante transparence. Au premier contact, c’était clair : nous étions étrangers l’un à l’autre. Tout au moins, il était impossible de lui être insensible : la première pulvérisation est, en elle-même, un point d’exclamation : que d’opacité, quel tempérament tempétueux, ombrageux, quelle pyrotechnie ! pour un peu, toute cette fumée ferait tousser ; pure auto-suggestion, bien sûr, pure association d’idées. Quel feu d’artifices, quel excès d’épices, quelle virilité ! Il ne fait pas de doute que Serge Noire est un masculin qui ne dit pas son nom, ce qui n’empêche certes pas qu’il puisse convenir à certaines femmes, que j’imagine d’une sombre sensualité.

 

Autre sujet d’étonnement, les facettes de cette explosion, riches de contrastes, virevoltent, se succèdent à la vitesse d’une lumière stroboscopique ; il ne s’agit pas même d’évolution : le temps même du parfum est strié, chatoyant, où des fruits confits sont pris, malgré eux, dans la ronde d’occultes fumigations.

 

Au point d’exclamation, succède un point d’interrogation ; de strié, le temps devient lisse. Durant de longues heures - jusqu’au petit matin -, le personnage esquissé par le parfum semble quitter le registre du spectaculaire pour entrer en lui-même, dans une médiation que rien ne vient troubler. L’encens n’en finit pas d’élever ses volutes mystiques. Ces volutes m’ont d’abord inquiété : n’avaient-elles pas une allure païenne ? Puis elles ont su parler leur langage propre. Au fil des jours, cet encens s’essentialise, entre à son tour en lui-même. Il n’est ni d’Orient, ni d’Occident, et parle le seul langage du parfum.

 

Bien que non figuratif, ce parfum à programme raconte une histoire qui ne s’énonce pas en mots, ni en images précises, mais en émotions. Celles-ci vont de l’orageux au sensuel et du sensuel au méditatif. Et bien sûr, comme dans toute méditation authentique, vos images ne seront pas les miennes.

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