Eau de rhubarbe écarlate

par Athéna, le 23 avril 2016
En m’avançant vers cette belle bouteille d’un rouge éclatant, je dois bien avouer que j’avais énormément d’attentes. À l’évidence, beaucoup trop. Les parfums bâtis autour de la rhubarbe -et non discontinués- ne courant par les rues...
J’étais impatiente de m’enivrer de cette odeur de potager, à la fois terreuse, astringente, tendre et acidulée, dont je suis tant éprise. Je me voyais déjà, dans un ravissant petit cottage douillet, bordé d’un authentique potager anglais, dans lequel je me serais baladée avec ravissement. Et alors que je m’en serais éloignée tout doucement, au fil de ma promenade, je me serais engagée dans des bois fumés et/ou épicés, sans trop m’en rendre compte. Je m’y serais perdue avec délice. J’aurais découvert là un tout autre monde, à mi-chemin entre les illustrations de Béatrix Potter et l’univers faussement feutré de miss Marple. Et peut-être bien même, un peu de la folie de Lewis Carroll. Et c’est ainsi, dans ces bois mystérieux, propices au rêves, que notre rhubarbe se serait enrobée de cachemire ou de velours...
Et puis pof ! En une inspiration, mon nez est tombé dans le caniveau. Quelle déception ! Mais surtout, quel prodigieux ennui ! Tout le petit théâtre que je m’étais construit a soudain pris l’eau, où plutôt devrais-je dire, le musc. J’avais le nez collé à mon poignet, cherchant la grande absente, qui avait vraisemblablement été pétrifiée dans une sucette improbable. Ce n’était pas vraiment une odeur fraîche, ni même complètement gourmande. Le musc semblant empêcher tout développement subtil des notes acidulées de la rhubarbe. Tout était terriblement plat, lisse, bridé. Comme si Christine Nagel avait castré sa création. Et c’est en cela que cette odeur m’est désagréable. Elle manque de racines et on lui a coupé les ailes.
En le ressentant le lendemain, la déception passée, et en y cherchant plus la rhubarbe, il m’est apparu alors que c’était un honorable sent-bon pour des générations nourries au lait maternisé et au fast-food.
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